Ultra Plaisir
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UTMB 2006
Samedi 27 Août 2005, Courmayeur, Italie, je décide de rendre mon dossard 1174. L’Ultra trail du Mont Blanc est terminé pour moi mais pas bouclé.
Un an, un an que j’attends de pouvoir à nouveau m’aligner à nouveau au départ de cette épreuve avec une seule idée, finir. Pour cela, la préparation est à peu près la même que celle de l’année dernière, des trails (Cro Magnon, Beaufortain…) et une semaine début août à balader dans les Alpages et reconnaître le parcours.
Avant de vous raconter comment c’est passée l’édition 2006, voici une présentation des acteurs… bein oui, on ne fait pas une bonne histoire sans de bons personnages :
Mes parents : pas besoin de vous expliquer
Fab : Qui ne connait pas un certain
Thierry : c’est également une moitié, celle de l’UTMB au pluriel (2005 et 2006) car nous l’avons préparé et vécu ensemble durant ces deux éditions.
Béa : La moitié de Thierry qui participe cette année à CCC (Courmayeur/Champex/Chamonix,)
Michel : Un ami de course, dont les conseils sont toujours précieux qui participe à CCC
Claudine : La moitié de Michel et amie de course également au départ de CCC
Pierre : « LE » Fan des CyrFab, le premier est certainement le seul coureur qui m’ait reconnu sur une course (Cromagnon) alors que c’était la première fois que l’on se voyait
Olivier : un ami de ma moitié compagnon d’aventure pour l’UTMB 2006
Bruno : Ex Triathlète, beau frère du Fab qui peut nous faire une belle course malgré une préparation plutôt tardive
L’Dingo : Rencontré dans le cadre de
Patricia : “Ma Coiffeuse” de St Gervais. Vendredi matin, histoire de me détendre et de parfaire ma coupe de cheveux, je me rends au salon se situant à côté du chalet (merci Corinne) sachant que nous allions parler de la course puisque son mari est finisher 2005.
Patrice : Le mari de ma coiffeuse, ça fait un peu titre de film, qui avait bouclé l’UTMB l’année dernière et qui cette année fait parti des bénévoles (à Vallorcine), une blessure l’empêchant de prendre part, en tant que coureur, à l’épreuve.
Ca y est les présentations sont faites, on peut attaquer la course :
Tatan !!!! Il est 19h, vendredi 25 août de l’an 2006, 2500 coureurs entourés d’une foule impressionnante attendent que le départ de l’Ultra Trail du Mont Blanc soit donné.
Voilà 2 jours que j’ai le bide un peu en vrac, pour quelqu’un qui ne stresse pas d’habitude cette fois ci je suis gâté. Vivement que l’on s’élance pour tenter de parcourir ces 158km et 8600m de dénivelé positif.
Ca y est !!! Le départ est donné.
Nous avons prévu de partir avec Thierry, Olivier, Pierre afin de rallier Courmayeur (km 72) en 12h et Bruno qui verra en fonction du feeling s’il reste ou pas avec nous.
Pourquoi 12h ? Nous avons couru à ce rythme l’année dernière avec Thierry et l’on pense (on n’est jamais sur de rien) que c’est ce temps qui correspond à une vitesse de progression nous permettant d’arriver en bon état pour la deuxième partie de la course.
C’est donc au milieu d’une marée humaine que nous prenons le départ en essayant de ne pas nous perdre. Fab est parti à l’avant, si ses problèmes d’estomac le laisse tranquille, je suis certain qu’il peut boucler le tour en 25h (Il n’aime pas que je lui dise mais j’en suis convaincu !!!)
Le premier point de passage et ravitaillement est le village des Houches après 8km d’un chemin plutôt roulant. J’aborde ce passage avec la volonté d’être concentré, il ne s’agit pas se faire une entorse en faisant coucou à l’hélicoptère qui filme le départ parce que l’on ne regarde pas où l’on met ses pieds… ok ce n’est pas très fun mais je n’ai pas envie de voir ma course s’arrêter aussi tôt.
Heureusement, tout se passe bien, un petit verre de Coca et un gâteau au chocolat au ravito et direction le col de Voza (km 13) qui est la première difficulté du parcours avec un peu plus de 600m+ à avaler.
Nous sommes toujours tous les 5 ensemble, et c’est également ensemble que nous arrivons au col où nous sortons les frontales car la nuit a chassé les dernières lumières du jour.
On fait un bref comparatif avec l’année dernière avec Thierry et même constat, les jambes c’est beaucoup mieux par contre on a un peu le ventre en vrac. De toute manière c’est le début de la course, on est parti depuis seulement 1h54. Tout le monde est présent à l’appel donc Go !!! Pour la descente vers les Contamines (km 25), lieu du 3eme ravito et où nous attendent Anne Rachel (Moitié d’Olivier et les petits), Corinne et mes parents.
Ca prend trois lignes à l’écrire mais il nous faut tout de même un peu plus d’une heure ½ pour s’y rendre, faut dire que par endroit c’est un peu l’A7 en plein été pour un WE qualifié de Noir par bison futé.
Enfin, on est quand même dans les temps mais malheureusement Bruno nous a laissé partir car il avait besoin de faire une pause technique.
Il est donc 22h30 quand nous repartons des Contamines, si je veux revoir mes parents sur la course, il faut maintenant que j’aille jusqu’à
Mais bon, on est loin de la Fouly qui est 80km plus loin et pour l’instant le plus important est le prochain ravito, la Balme (km 33). Pour s’y rendre, on doit d’abord…. Aie !!!, P..t. !!! je viens de taper dans une marche avec mon pied gauche dans la descente qui nous amène au bord de
On trotte donc gentiment sur une piste avec Thierry, Pierre et… « Olivier t’es là !!! – Ouais – Ca va ??- Ca va», bon on ne le voit plus mais on continue puisque ça va (tiens moi aussi ça va mieux, je n’ai plus mal au pied).Fini de courir, la voie romaine se dresse devant nous… du moins ce que l’on peut voir en pleine nuit avec une frontale et une lune qui ne participe pas à la course cette année, les dernières inscriptions ont été données aux étoiles (mais non pas nous, j’essayais de faire un peu de poésie… ok j’ suis pas un poète).
Nous attaquons cette montée tranquillement, l’objectif est simple, je ne dois pas souffler… Autrement dit, je cours au souffle, si j’ai une respiration trop forte c’est que je force et donc ce n’est pas bon.Nous montons bien tous les 3, Olivier a disparu et quand on arrive à la Balme où nous enfilons des couches supplémentaires, ne le voyant pas on enchaine sans lui.
Tout se passe bien, il fait un peu frais mais ça va… « Pierre !!! t’es là ???- Ouais », bon ça va, Pierre est toujours là mais doubler dans la montée n’est pas évident et certains ont tendance à ne pas faciliter les choses. Nous voilà tous les 3 un derrière l’autre, c’est moi qui suis en tête et je me retrouve derrière un gars qui doit faire une tête de plus que moi et qui n’a pas une course régulière. Du coup pour le doubler je profite d’un petit espace, Thierry aussi et… j’entends Pierre qui est en train de lui dire des mots doux. En fait le gars lui a mis ses bâtons devant pour ne pas le laisser passer… si, si, ça existe, le gars voulait qu’on le double plus vite… bein voyons, on va se griller pour le confort de monsieur
Enfin, c’est pas grave, on continue et le col du bonhomme se présente à nous, plus que La croix du Bonhomme (km 38) est juste làààààaaa, j’ai failli me ramasser, heureusement mon bâton, ahhhh !!! je l’ai tordu. Ce n’est pas très pratique un bâton profilé descente de ski… ok je peux le garder pour cet hivers mais là pour tout de suite… mais comment vais-je faire !!! Ça va c’est assez dramatique ??? Là vous vous dites mais comment a-t-il fait a) il a pris un morceau de bois à la place, b) il l’a jeté de rage, c) Il l’a jeté les deux bâtons de rage d) c’est vraiment n’importe quoi son texte
Alors, alors ??? En fait il suffit de le tordre dans l’autre sens… (on ne peut plus mettre d) après avoir lu cette phrase).Nous sommes donc à la croix du bonhomme et là se présente à nous la descente vers les Chapieux (km 44) 900m plus bas à dévaler en 5km.
Bein c’est sport mais on aime ça !!! quand je dis on, c’est Thierry et moi. Au départ de la descente (sans le bâton profilé) nous sommes tous les 3, Pierre nous dit, « je descends tranquille », Thierry lui réponds « oui, oui… ». Tu parles après On commence à avoir froid avec Thierry, du coup on décide de repartir rapidement. Pierre et Olivier nous emboite le pas, ayant du coup moins profité du ravito. Nous voilà en direction du Col de la Seigne (km 54) et de
Nous attaquons la deuxième partie de la montée sans Olivier, il a décroché sans que l’on s’en rende compte. Je n’ai pas de super sensations, Thierry attaque plus vite que moi, Pierre le suit, il me demande si ça va, je lui réponds que oui mais que je n’irai pas plus vite. Dans ma tête toujours la même idée, le souffle.
Ils me décrochent petit à petit, je ne les vois plus et me dis que les reprendrais peut être dans la descente. En fait une fois au col, ils sont là et viennent juste de passer, j’ai du mieux finir qu’eux l’ascension. Je n’ai pas envie de traîner par là, il ne fait pas chaud et en plus il y a du vent. Il faisait -3° d’après ce que l’on m’a dit après la course. Du col de la Seigne nous descendons vers le ravito du refuge Elisabetta (km 58) en ½ heure. Là j’en profite pour manger une soupe de vermicelles, c’est vraiment agréable, chaud et avec des bonnes choses pour la suite.
Nous sommes toujours tous les 3, sur la partie roulante du lac Combal qui suit, je rappelle à l’ordre mes compagnons de route qui, je trouve, s’emballent. Là se pose forcement la question de l’intérêt de courir en groupe, peut être aurait il mieux valu les laisser courir à leur rythme ? Bref, nous arrivons au bas de la montée vers l’arête Mont Favre. On aperçoit la lumière des bénévoles 450m plus haut… pffffff c’est loin Depuis la descente du Col de la Seigne, je n’ai pas de super sensation, je me dis à ce moment de la course que l’objectif de 30h risque d’être simplement un rêve d’avant course, je suis toujours dans les horaires prévus dans mon plan de marche mais je ne me sens pas « facile » comme je l’espérais.
On monte tous les 3 à peu près au même rythme mais dans la partie qui suit en balcon, on décroche Pierre et l’on arrive au Col Chécrouit (km 67) sans lui. Il arrive J’attaque donc la descente vers la base vie de Coumayeur (km 72) tout seul en attaquant un petit peu, surtout sur les petits sentiers sur la fin qui tourne autour des arbres. J’arrive au gymnase faisant office de base vie après 11h56 soit
En arrivant dans le gymnase je récupère mon sac et direction
C’est donc après une pause d’une demi-heure que nous repartons tous les 3, on abandonne Pierre qui n’a pas encore mangé et qui est en train de se faire strapper la cheville. Il est 7h30, le soleil pointe son nez gentiment, il fait frais mais une belle journée s’annonce. Ca c’est bon pour le moral de savoir que l’on va pouvoir profiter des paysages du Val Ferret Italien après la montée sur Bertone.Bein oui, il ne faudrait pas l’oublier celle là… 800m+ ce n’est pas rien.
Thierry annonce qu’il faut monter tranquille, ça on est d’accord, et le voilà au bout de C’est fini pour le Fab, son mal de ventre est trop fort. On arrive jusqu’à Bertone (km 77) où Thierry nous attend. Je dis à Thierry de partir s’il se sent bien et de ne pas m’attendre, il faut qu’il se fasse plaisir. Fab m’accompagne jusqu’à ce que l’on bascule sur le chemin en balcon, on se fait une petite photo et je pars avec un message du Fab « Faut que tu fasses un truc !!! »
Ca reste une course individuelle où l’on a envie de finir et faire un temps, pour soit mais c’est quand même rageant de voir ses amis s’arrêter…
Enfin… me voilà tout seul, Olivier doit être arrivé à Courmayeur, Pierre a du en partir, Bruno… je ne sais pas et Thierry est devant.
Pour la première fois de la course, je suis seul…
Je me mets à courir sur le sentier en balcon, je marche quand ça remonte… je prends plaisir à cavaler dans ces magnifiques paysages, je remonte un bon nombre de coureurs… ne vais-je pas trop vite ??? Je me dis que la réponse doit venir de mon corps, je n’ai pas l’impression de forcer, c’est que ça doit être bon et puis autant profiter de ces passages de « plénitude ».
Le point suivant est le refuge Bonatti (km 84). Juste avant d’y arriver je retrouve Thierry. Je suis un peu étonné de le revoir, il n’a pas la grande forme et mentalement il est un peu sorti de la course. On passe ce ravito et on prend la direction d’Arnuva d’où commence la montée tant redoutée par de nombreux coureurs du Grand Col Ferret, point culminant de la course à 2537m. On passe tranquillement Arnuva et au moment d’attaquer cette montée, Thierry me demande de passer devant, il n’a pas trop
Malheureusement, au 2/3 de l’ascension je le vois décrocher progressivement alors que dans le même temps on remonte des coureurs jusqu’à ce que je ne le vois plus. Il s’est arrêté, c’est sur… en fait il s’est couché sur le bord du chemin comme d’autres coureurs rattrapé par le sommeil. Je n’hésite pas, c’est peut être pas très sympa de ma part mais je continue. Nous étions 5, tous ensembles au départ, maintenant je suis tout seul. Si ça se trouve dans 3h, je serai tout seul mais c’est moi qui dormirais sur le bord du chemin.
Au passage du Col Ferret (km 93) , je regarde mes prévisions et j’ai l’impression d’être juste dans les temps prévus… en fait j’ai plus de Juste après ce ravito un passage plus technique, comme j’aime, nous emmène sur la route, que j’aime moins direction La Fouly.
La Fouly (km 102) où je vais retrouver mes parents. Quand j’arrive au ravito, personne, bon ok je suis en avance de presque Ca continue à descendre par une piste avant de prendre un sentier qui remonte quelque peu et une descente sur une crête. A l’entrée dans le village, mes parents sont là à se promener au milieu des granges tout en bois typique de ce village. C’est vraiment mignon et si vous avez l’occasion de vous rendre dans ce coin n’hésitez pas à vous arrêter. A la sortie du village, le ravito, où je prends un peu mon temps et d’où je repars doucement en finissant de manger. Dans 2km, c’est la montée sur Champex qu’il ne faut pas négliger.
J’arrive donc au bout de cette longue partie descendante et attaque la montée toujours à mon rythme… ça passe plus vite que ce que je pensais. J’y suis accueilli par Michel qui en me voyant me dit immédiatement « c’est super, tu as l’air hyper frais… c’est génial !!! » Son enthousiasme me réconforte et me conforte dans ma tactique de course. Michel est là alors qu’hier il a participé à CCC (15h31 125eme/854 à l’arrivée) et donc peu dormi.
Champex (km 117) étant une base vie, je récupère également un sac, mais avant de me changer, je file directement vers les podologues, je sens depuis un petit moment que des ampoules se sont invitées dans mes chaussures. Le podologue m’arrange tout ça rapidement et des kinés qui étaient là en profitent pour me détendre les muscles… que demande le peuple !!!
Bon on ne va pas non plus y rester trop longtemps, ce n’est pas le but. Je pars de la table de soins en ayant changé de chaussettes et en remplaçant mon haut court par un haut long. On s’attable avec Michel et mes parents… enfin il n’y a que moi qui mange. On discute, Michel joue un peu le rôle du Coach. C’est vraiment agréable mais je regarde constamment ma montre, j’ai de l’avance, je ne veux pas grignoter ce capital alors que je suis en pleine forme.C’est donc après 40/45’ que je repars avec Pour ce rendre au pied la montée de Bovine, il faut traverser Champex, prendre une piste pendant quelques km. Dans ma tête c’est une des dernières parties que je n’aime pas, je préfère être dans l’effort sur une montée ou à m’amuser dans une descente plutôt que sur de long passage à trottiner. Me voilà satisfait quand je vois le sentier s’élever, fini le petit trop maintenant va falloir monter les jambes. Je redoute cette montée car il ne s’agit pas d’un sentier bien net où l’on monte à son train. Non, là on est plutôt sur une montée qui s’enchaine de rocher en rocher.
Pendant la reconnaissance, je m’étais dit que je n’aimerai pas la monter de nuit et avec la pluie… ça va il fait bien jour par contre ça y est il pleut !!!
Toujours optimiste je monte en me disant que ce n’est qu’une averse… que nenni plus je monte plus il pleut et voilà que le vent et aussi de la partie, pas le choix il faut que je sorte mon coupe vent.
L’arrivée à l’Alpage Bovine (km 126) se fait sous la pluie, ça caille, alors je prends à nouveau une soupe… ouaahhh c’est chaud !!! Jamais content !!! Je souffle, je n’ai pas envie de m’éterniser içi, je souffle, mais je ne vais pas jeter la soupe, je souffle, bon allez je bois… ouahhh, ça passe allez zouuuu direction la descente sur Trient. On s’était bien amusé sur cette descente pendant la reconnaissance, les jambes sont bien, y’a plus qu’à recommencer !!! Au début, je suis un peu raide mais la course me réchauffe et je m’amuse. L’amusement est d’autant plus grisant que je remonte un grand nombre de coureurs. J’ai les jambes et j’aime descendre quand c’est technique. J’avais prévu 1h pour cette portion, sous le sec, je mets Je passe comme une flèche au ravito, n’oubliant pas de m’alimenter alors que 5 ou 6 coureurs sont assis dans la tente à regarder leur pied, ça doit pas être la fête dans leur tête.
Je ressorts, fais quelques pas avec mes parents, et voici la dernière difficulté, les Tseppes (km 135), je suis remonté à bloc, je viens de m’éclater, j’ai presque Je me remets dans la course rapidement et monte, monte, monte, sous la pluie, je monte. Ca passe mais c’est un peu long, je n’ai pas l’impression d’avancer mais finalement je gagne encore du temps. Au ravito des Tseppes, la pluie redouble ainsi que le vent, je suis encore en short, je suis en train de me congeler, je tremble de partout, il faut vite que je m’habille et que je reparte. Une bénévole m’aide, elle me tient, m’habille… « Merci !!! » et je repars tout tremblotant, faut pas que je traîne, il n’y a que l’effort qui peut me réchauffer.
Après ce ravitaillement, il faut monter encore un peu et l’on se retrouve sur un sentier en balcon. Arrivé dessus, le vent redouble, c’est la folie, j’ai la tête dans les épaules, les pieds dans l’eau, le vent qui souffle dans ma capuche… brrrrrruruuu, ce n’est pas un temps à être ici… tiens, voilà 3 personnes, j’ai des hallucinations ou bien ????? non, non ce sont bien des gens, 1 homme et 2 femmes sous des parapluies qui m’encouragent… je leur crie « Mais qu’est ce que vous faites là ??? » ça les fait rire… en même temps, je pose de ces questions, ça fait juste 25h que je fais le guignol autour du Mont Blanc !!!
Cet épisode me relance pour vite m’engager dans la descente vers Vallorcine, synonyme de climat plus doux, de ravito, d’avant dernier ravito !!!
Le jour commence à décliner, le jeu maintenant est de descendre le plus possible avant d’être obligé de mettre
Enfin le télésiège, la frontière est juste à côté, je m’abrite pour sortir la frontale, je repars en engloutissant une barre. De là c’est une descente par une piste, elle est transformée en ruisseau et la frontale m’éclaire assez peu, quelques lacets et c’est un sentier en sous bois qui nous emmène dans
Vallorcine (km 142), j’aperçois mes parents qui me cherchent dans la nuit, je leur fais signe et quelqu’un m’interpelle, c’est Patricia, c’est super sympa, elle est venue m’encourager. Patrice son mari qui a attendu parlé de moi, m’accueille avec humour et me chouchoute immédiatement. Je sais que je vais finir et dans ma tête et j’annonce que je vais finir tranquillement en marchant. Patrice m’engueule presque « tu es tout frais, faut aller jusqu’au bout – Non, non, je vais finir tranquille » Après m’être restauré, il est temps de repartir, même si je vais finir il reste encore quelques km à faire. Je mets mes écouteurs, dis au revoir à Patrice et Patricia et zouuuu dehors. Mes parents m’accompagnent… Il a raison Patrice… « Papa, j’ai changé d’avis, je vais attaquer jusqu’au bout », je pars plus motivé que jamais, je peux faire moins de 29h alors que j’avais prévu 30 et rentrer dans les 100 premiers (en fait j’y suis déjà mais je ne le sais pas).
La musique me rythme le pas et j’attaque le chemin avec une volonté grandissante, je suis dans un bon jour, il ne faut que j’ai quelques regrets après l’arrivée parce que j’ai lâché sur la fin. Dans la montée, pas très méchante, vers le col des Montets je reprends un premier coureur et en point de mire j’aperçois 4 frontales, je remonte sur eux doucement. Sur les 4, 2 lâches mais les deux autres avancent vite. Je me demande si je ne vais pas rester pas avec eux, à vouloir les passer je risque d’exploser… celui qui mène s’alimente, du coup son rythme baisse, de mon côté je continue et donc les passe. J’arrive au col tout seul, attaque une partie bitumée, double un nouveau coureur quand une voiture arrive en face de moi… pfffff il m’éblouie avec ses phares… je regarde vers la plaque… mais c’est la voiture de Thierry ???? et oui Thierry est là ???
Mes premières paroles « Mais tu as arrêté alors ??? » Et oui après l’avoir laissé dans le Col Ferret, Thierry a dormi et a repris la course au passage de Pierre. Ils étaient tous les deux en petite forme et ont décidé d’arrêter à la Fouly. Je prends également des nouvelles de Bruno et Olivier, ils ont arrêtés également…
Fab et Béa sont également là dans la voiture… je continue à monter au même rythme, de les voir ne fait que me conforter dans l’idée qu’il ne faut pas que je ralentisse.J’en remets un coup, passe au col et attaque la descente vers Argentière. Je me remets à courir, je suis sur un nuage, j’accélère… la musique toujours pour m’entraîner quand je ne croise pas Béa, Fab et Thierry sur le parcours
Je ne m’arrête presque pas au ravitaillement d’Argentière (km 149), je veux continuer, croquer les derniers km, j’entends mon Fab dire « Mais c’est une machine… » je ne suis pas très causant alors qu’ils sont là pour m’encourager mais c’est vrai que j’agie un peu comme une machine.
Maintenant il reste une dizaine de km, le balcon Sud doit m’emmener dans Chamonix. Je n’aime pas trop ce passage, mais bon il faut le passer et comme pour les autres parties du parcours, je m’oblige à suivre une stratégie (je veux attaquer jusqu’aux Tines et finir en marchant jusqu’à l’arrivée car il y a une dernière montée).
C’est ce que je fais mais le brouillard ne me permet pas de progresser comme je le souhaite… je n’y vois pas bien et le chemin est farcie de cailloux… en plus chose bizarre, je vois sur le sentier des gens, des sacs, différentes choses qui ne sont en fait que des rochers ou des buissons… je crois que je commence à être un peu fatigué…
Passage aux Tines, plus qu’une dernière montée et Chamonix devrait être là… je sens que je baisse un peu de pied mais ce n’est pas grave, je monte au train, c’est bientôt fini, personne derrière, personne devant.
J’avance, ce passage me semble long mais j’y étais préparé, ça y est la partie montante est terminée, je rattrape la piste, je sais qu’à un moment, après le passage d’une butte, on aperçoit en bas les premiers lampadaires et la route par laquelle on rentre dans la ville. A chaque fois que ça remonte un petit peu je souhaite apercevoir les lumières…après deux désillusions, Chamonix est là !!!
Déjà quelques personnes sont là, elles m’applaudissent… c’est bon, tout au long du parcours les spectateurs, bénévoles, amis, parents mon encouragés mais là ce sont des félicitations parce que l’on a fini pas juste parce que l’on participe.
Je me dirige vers la rue principale, je vois du monde au loin, les gens applaudissent déjà, l’émotion monte en moi, j’ai les larmes aux yeux, j’accélère…
Michel est là, on se tape dans les mains, Béa avec l’affiche court avec moi « Tu vas trop vite !!! » (elle a également le CCC dans les jambes) mais oui je suis en train de monter sur mon nuage, j’accélère…
Je passe le virage et apercois en haut de la rue, la ligne d’arrivée, j’accélère…
Je suis sur mon nuage, les gens applaudissent, je cherche mes parents, mes amis, je lache un cri de joie, c’est fini !!!!!!
Mes amis sont là derrières la ligne avec mes parents… Ouaahhhhhh Thierry est en train de vider une bouteille de champagne sur ma tête !!!!
J’avais rêvé de ce moment déjà des milliers de fois, c’est exceptionnel, je suis sur mon nuage et je n’ai pas envie d’en descendre. Je crois que j’ai fait un truc mon Fab…
Merci, merci à tous ceux qui m’ont soutenus
Portez vous bien